Savoir calculer toutes ses charges en auto-entreprise

Savoir calculer toutes ses charges en auto-entreprise

8 mars 2018

Le statut d’auto-entrepreneur est connu pour être facile à gérer : pas de TVA, pas de comptabilité compliquée, mais un simple compte des dépenses et des recettes. Avec des charges calculées directement sur le chiffre d’affaires, cela semble être un jeu d’enfant de calculer sa rentabilité. Oui, mais n’y a-t-il rien d’autre à prendre en compte ? On vous aide à faire l'inventaire de tout ce à quoi vous devrez penser.

Les frais liés directement à l’activité

Quelle que soit votre activité, vous avez sans aucun doute des frais à prendre en charge pour la développer, ceux-ci peuvent être liés par exemple à :

La communication 

  • La mise en place et la gestion d’un site Internet : hébergement, création, gestion…

  • La publicité : petites annonces, posts sponsorisés de réseaux sociaux...

  • Les supports papier : cartes de visite, flyers, plaquettes…

La vente de vos produits 

  • Les frais de déplacement pour livrer vos clients ou vous rendre à des événements professionnels

  • Les emplacements sur les foires, marchés, salons etc.

  • Les emballages : sacs et sachets, papiers cadeaux, emballages pour expédition

  • Les frais postaux que vous pouvez répercuter sur vos clients mais pas toujours en totalité.

La plupart de vos charges sont liées au volume des ventes et ne sont pas connues d’avance. Il est toutefois indispensable d'essayer d'anticiper ces frais car ils peuvent diminuer votre rentabilité et ne sont pas déductibles de vos revenus.

Les frais fixes 

Il s'agit de toutes vos factures régulières, et tous les achats que vous effectuez de façon récurrente, qui sont donc plus faciles à prendre en compte dans le calcul de votre rentabilité. Pensez bien à tout ! Cela concerne par exemple :

  • L'énergie : gaz, électricité, essence

  • La connectivité : forfait téléphone, internet

  • La matière première : aliments de base, matériaux...

  • Les fournitures : cartouches d'imprimante, papier, instruments ou outils à renouveller régulièrement...

Les taxes et cotisations 

Les cotisations sociales

Dès lors que l’on parle des charges liées à l’auto-entreprise, on pense aux cotisations sociales. Depuis le 1er janvier 2018, les taux ont été légèrement revus à la baisse et sont désormais fixés à :

  • 12,80 % du CA pour la vente de marchandises
  • 22 % du CA pour les prestations de services commerciales ou artisanales
  • 22 % du CA pour les autres prestations de services et les professions libérales

A savoir

Si vous bénéficiez de l’ACCRE (Aide aux demandeurs d’emploi créant ou reprenant une entreprise), vous profitez de taux réduits les 3 premières années de votre activité.

Les taxes pour frais de chambres consulaires

Ces taxes sont perçues par les Chambres de Commerce et d'Industrie (CCI) ainsi que les Chambre de Métiers et de l'Artisanat (CMA) à partir de la seconde année d'activité. Elles ne concernent pas les activités libérales et elles sont proportionnelles à votre chiffre d'affaires : 

  • 0,015 % pour la vente de marchandises, restauration, hébergement
  • 0,044 % pour les prestations de services
  • 0,48 %* pour les prestations de services artisanales
  • 0,22 %** pour l'achat revente pour un artisan
  • 0,007 % pour les artisans en double immatriculation CCI/CMA

* 0,65 % en Alsace et 0,83 % en Moselle

** 0,29 % en Alsace et 0,37 % en Moselle

La CFP

A payer mensuellement ou trimestriellement, ces cotisations sont accompagnées de la Contribution à la Formation Professionnelle qui s’élève à :

  • 0,10 % du CA pour les commerçants et professions libérales non réglementées
  • 0,30 % du CA pour les artisans et les prestations de services BIC
  • 0,20 % du CA pour les professions libérales réglementées

La CFE

La Cotisation Foncière des Entreprises est un impôt local relatif aux biens immobiliers exploités par l’entreprise au cours de l’année N-2. Elle se calcule en prenant le montant locatif du ou des biens utilisés par l’auto-entrepreneur multiplié par un taux décidé par le conseil municipal de la commune où se trouve le(s) bien(s). Une base minimale  a été instaurée lorsque la valeur locative est très faible et peut être ajustée par les communes (entre 214 € et 510 € en 2017). Elle peut porter sur votre domicile, ou sur des locaux que vous louez ou empruntez, mais quel que soit votre fonctionnement, vous devrez vous acquitter de la CFE.

Le saviez-vous ?

Selon votre domaine d’activité, vous pouvez être exonéré de plein droit de la CFE. C’est le cas, par exemple, des propriétaires louant une partie meublée de leur propre maison, des sportifs, des pêcheurs, des exploitants agricoles, des artistes, des artisans (sauf ceux exploitent de la matière première comme les boulangers), des vendeurs indépendants à domicile ou encore des enseignants.

Les impôts

Comme tout un chacun, vous devez vous acquitter des impôts sur le revenu. Pour cela, vous devez déclarer sur le formulaire 2042 C PRO le montant de votre chiffre d’affaires qui est ensuite réduit automatiquement d’un montant forfaitaire, pour obtenir votre montant net imposable :

  • 71 % pour les activités d'achat-revente ou de fourniture de logement
  • 50 % pour les autres activités relevant des BIC
  • 34 % pour les BNC

Le montant d'abattement forfaitaire de vos impôts est au minimum de 305 € (pour 2017) et ce quel que soit votre chiffre d’affaires de l’année.

Selon votre situation, vous avez aussi pu avoir la possibilité de choisir le versement libératoire de l’impôt sur le revenu. Dans ce cas, vous payez mensuellement selon le barème suivant :

  • 1 % du CA pour la vente de marchandises
  • 1,7 % du CA pour les prestations de services commerciales ou artisanales
  • 2,2 % du CA pour les autres prestations de services et les professions libérales

Les assurances et frais bancaires

La mutuelle santé

Pour les salariés, la mutuelle de prévoyance santé est en partie prise en charge par l’employeur, ce qui permet à tous d’avoir accès à une mutuelle à moindre frais. Si votre auto-entreprise constitue une activité secondaire et que vous conservez un poste de salarié comme activité principale, vous continuez à bénéficier de votre mutuelle d’entreprise pour couvrir vos dépenses de santé. De même, si votre conjoint est salarié, vous avez la possibilité de bénéficier de sa mutuelle santé d’entreprise, au même titre que vos enfants.

Mais si vous êtes indépendant en activité principale, vous ne bénéficiez pas de ce dispositif et devez financer votre mutuelle par vos propres moyens. Il vous faut donc compter entre 30 et 40 € par mois en moyenne pour votre mutuelle santé. Le montant de votre cotisation dépend bien sûr des niveaux de garantie souscrits et du nombre de personnes que vous assurez avec vous (enfants).

Attention 

Contrairement à ce que vous pourrez entendre, pour les auto-entrepreneurs, les cotisations versées pour votre mutuelle ne sont pas déductibles de votre revenu imposable. En effet, puisque vous bénéficiez d’un régime micro fiscal (sans possibilité de déduire les charges réelles), vous ne pouvez pas bénéficier du dispositif Madelin qui permet aux TNS la déduction fiscale des cotisations.

Les assurances

Selon votre activité, certaines assurances sont préférables, voire obligatoires. D’autres méritent d’être ajustées.

Une assurance multirisque

Quelle que soit votre activité, l’assurance multirisque est presque incontournable. En effet, elle prend en charge la perte de votre matériel de travail ou stock. Cette assurance peut intervenir en cas d’actes de vandalisme, de vol, d’incendie, d’inondation… Il s’agit donc de l’assurance n°1 pour assurer vos arrières en cas de problèmes. Bien sûr, son montant varie selon la valeur de ce que vous assurez et les garanties auxquelles vous souscrivez.

Une assurance voiture 

Si vous vous déplacez beaucoup, notamment avec du matériel, pensez à souscrire une assurance voiture professionnelle. Celle-ci vous indemnise non seulement des dégâts causés à votre véhicule en cas d’accident, mais aussi de la valeur du matériel que vous transportez. Ayant un coût beaucoup plus élevé qu’une assurance personnelle, il est essentiel de peser le pour et le contre avant de souscrire à ce type d’assurance.

Une responsabilité civile professionnelle

La RC Pro est fortement conseillée, quand elle n'est pas obligatoire, comme c'est le cas pour les activités du BTP (notamment la Garantie Décennale). Cette assurance est en quelque sorte votre ange gardien puisqu’elle vous couvre si quelqu’un se blesse avec votre matériel ou si un client rencontre des désagréments à cause d’un produit que vous lui avez vendu.

Une protection juridique

Selon votre activité, une protection juridique peut être la bienvenue. C’est le cas des métiers par exemple de guide en montagne, de chauffeur de taxi ou même de traiteur. Dans de nombreux métiers, un client ou sa famille, peuvent se retourner contre vous en cas de problème. Une protection juridique vous accompagnera et prendra en charge les frais liés à un appel en justice.

Les frais bancaires

Depuis le 1er janvier 2015, il est obligatoire pour chaque auto-entrepreneur de posséder un compte bancaire dédié à son activité. Cela n’implique pas nécessairement l’ouverture d’un compte professionnel, entraînant de lourds frais de fonctionnement, mais peut tout à fait être un compte personnel. Il doit néanmoins être séparé du compte courant personnel de l’entrepreneur. Cela a pour objectif de lutter contre la fraude en obligeant les auto-entrepreneurs à pouvoir justifier toutes les rentrées et sorties d’argent sur le compte dédié à l’entreprise.

Cette obligation implique d'éventuels frais supplémentaires tant pour le fonctionnement du compte que pour les moyens de paiement (en fonction de la banque que vous choisirez). Selon les services que vous souhaitez et si vous optez ou non pour un compte professionnel, il vous faudra compter en moyenne de 7 à 30 € de frais bancaires mensuels.

Conseil de la rédaction

Pensez également que vous prendrez sans doute quelques jours ou semaines de vacances dans l’année et que, pendant ce temps, aucun chiffre d’affaires ne sera généré... Dans ce cas, n'oubliez pas de déduire ces semaines lorsque vous établirez vos objectifs annuels !

Voilà, nous avons fini le tour d'horizon des charges que vous ne devez  pas oublier de prendre en compte dans le calcul de la rentabilité de votre entreprise. Cet exercice, s'il peut vous paraitre fastidieux de prime abord, vous aidera à ajuster le prix de vos prestations ou de vos produits en vente, et éventuellement de réduire vos coûts si vous vous rendez compte que ceux-ci sont trop élevés. Maintenant c'est à vous de jouer !

 

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