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Peut-on être auto-entrepreneur et salarié ?

26 août 2019

   4 minutes

Créer une auto-entreprise quand on est salarié, c’est possible ! Il y a toutefois des pièges à éviter et certaines règles à connaître afin de débuter au mieux votre nouvelle carrière tout en conservant une stabilité salariale.

Salarié et auto-entrepreneur : est-ce possible ?

Un cumul autorisé par la loi

Salarié du domaine privé, vous pouvez sous certaines conditions cumuler votre emploi avec une auto-entreprise :

  •  

    quelle que soit la nature de votre contrat (intérim, contrat à durée déterminée ou indéterminée, stage, etc.)

  •  

    sans restriction de domaine (artisanat, commerce, profession libérale) à l’exception, évidemment, des professions légalement exclues de l’auto-entreprise. On y vient juste après !


Bon à savoir

Vous travaillez dans la fonction publique ? Les choses sont un peu différentes si vous voulez devenir auto-entrepreneur. Le cumul des activités est en effet autorisé mais reste soumis à une réglementation très précise.

Comment cumuler fontionnaire et auto-entrepreneur ?

Les professions exclues de l’auto-entreprise

Que vous soyez fonctionnaire ou salarié dans le privé, vous devrez dans tous les cas vérifier que votre projet est compatible avec l’auto-entreprise !

En effet, certaines professions dites réglementées sont légalement exclues de ce statut :

  •  

    certains métiers de santé (infirmier, médecin, vétérinaire, sage-femme, etc.)

  •  

    les professions judiciaires et juridiques (notaire, greffier, avocat, huissier, etc.)

  •  

    les experts-comptables et commissaires aux comptes

  •  

    les métiers agricoles

  •  

    les métiers de l’assurance

  •  

    la perception de revenus issus d'un fonds de placement immobilier.

Si vous voulez exercer l’une de ces activités, vous devrez donc opter pour une autre forme d’entreprise.

À noter qu'il existe de nombreuses autres activités réglementées pouvant être exercées en tant qu’auto-entrepreneur (ex : mécanicien, plombier, etc.). Si vous êtes concerné, vous devrez alors attester d’une qualification, d’un diplôme ou d’une expérience professionnelle lors de la création de votre auto-entreprise.

Salariat et auto-entreprise : attention aux possibles restrictions de votre contrat

Les clauses de non concurrence et de confidentialité

Si vous souhaitez devenir auto-entrepreneur (ou micro-entrepreneur) dans le même secteur d’activité que l’entreprise qui vous emploie en tant que salarié, il est primordial de vérifier que vous pouvez le faire !

En effet, des clauses de non-concurrence ou de confidentialité dans votre contrat de travail (même à temps partiel) peuvent verrouiller vos actions, y compris au-delà de votre contrat.

Prenez donc soin de bien lire l’ensemble de votre contrat de travail mais aussi d’étudier la convention collective dont vous dépendez afin de vérifier :

  •  

    qu’il vous est bien possible de monter votre auto-entreprise dans ce secteur

  •  

    que certaines de ces clauses ne sont pas abusives

  •  

    que vous pouvez exercer dans un cadre légal votre nouvelle activité d’auto-entrepreneur

La clause d’exclusivité

Cette clause, qui ne s’applique pas aux contrats à temps partiel, oblige le salarié tout au long de la durée de son contrat, à travailler uniquement et exclusivement pour son employeur et à n’avoir aucune autre activité professionnelle rémunérée en dehors de l’entreprise.

Si vous êtes en bons termes avec votre employeur et que vous avez signé votre contrat bien avant que naisse votre projet d’auto-entreprise, vous pouvez envisager de revoir avec lui votre contrat de travail et de supprimer cette clause.

À noter que selon la chambre sociale de la Cours de Cassation, la clause d'exclusivité n'est valable que si elle est indispensable à la protection des intérêts légitimes de l'entreprise, si elle est justifiée par la nature de la tâche à accomplir et proportionnée au but recherché. Si tel n’est pas le cas, elle peut être considérée comme abusive.

De plus, suivant l’article L1222-5 du code du travail : « L'employeur ne peut opposer aucune clause d'exclusivité pendant une durée d'un an au salarié qui crée ou reprend une entreprise, même en présence de stipulation contractuelle ou conventionnelle contraire. ».

Attention toutefois à son application légale dans le cadre d’un cumul d’activités !

L’obligation de loyauté

Tous les salariés ont un devoir de loyauté envers leur employeur. Cela signifie qu’en devenant auto-entrepreneur, vous devez :

  •  

    informer votre employeur si votre auto-entreprise (ou micro-entreprise) est dans le même secteur d’activité et risque de lui faire de la concurrence et de toucher les mêmes clients

  •  

    ne pas travailler pour le compte de votre auto-entreprise pendant vos heures légales de travail salarié

  •  

    ne pas utiliser pour votre compte le matériel et les services (outils, véhicule, ordinateur, connexion internet, etc.) mis à disposition par votre employeur dans le cadre de votre emploi salarié

  •  

    ne pas débaucher des collègues salariés pour le compte de votre activité

  •  

    ne pas dénigrer ou discréditer l’entreprise qui vous salarie


Bon à savoir

Le devoir de loyauté s’étend au-delà de votre contrat de travail. En effet, même après une rupture de contrat (licenciement, démission ou rupture conventionnelle) vous devez respecter ces obligations vis-à-vis de votre ex-employeur. 

Attention, le non-respect du devoir de loyauté et des clauses de votre contrat de travail peuvent avoir de lourdes conséquences, comme le licenciement, des amendes ou le paiement de dommages et intérêt, voire dans certains cas l’interdiction d’exercer.

Les conséquences sur le régime social et de santé en cas de cumul

Affiliation et paiement des cotisations

Le principe de solidarité, en France, implique que les cotisations sociales sont dues sur chaque source de revenu.

Par conséquent, lorsque vous exercez plusieurs activités (salariée et non salariée), vous êtes affilié et cotisez obligatoirement aux différents régimes sociaux.

Vous devrez donc payer des charges sociales au titre de votre activité indépendante d’auto-entrepreneur même si vous cotisez et bénéficiez déjà d’une couverture sociale par votre emploi de salarié ou grâce à vos revenus d’artiste. Les versements sociaux sont calculés en fonction de taux appliqués au chiffre d'affaires réalisé par votre auto-entreprise.

Attention toutefois car vous ne pouvez prétendre à bénéficier des prestations sociales qu’auprès du régime de votre activité principale, celui auquel vous cotisez le plus.

Une exception concerne le congé maternité pour lequel vous pouvez bénéficier des droits du régime général au titre de votre activité salariée et des droits ouverts par la SSI au titre de votre activité d’auto-entrepreneur.

La couverture santé

En tant que polyactif, vos frais de santé restent pris en charge par le régime dont vous dépendiez au moment où vous avez commencé votre deuxième activité.


1 - Si vous êtes auto-entrepreneur à titre complémentaire

Dans le cas où vous êtes devenu auto-entrepreneur pendant votre contrat salarié, vous êtes donc couvert à titre principal par le régime général de la sécurité sociale qui se charge de vous verser :

  •  

    vos remboursements des frais médicaux

  •  

    vos prestations maternité ou paternité

  •  

    les indemnités journalières en cas d’arrêt de travail

Vous devez continuer à envoyer vos feuilles de soins, vos arrêts de travail, votre déclaration de grossesse à votre caisse de Sécurité Sociale habituelle.


2 - Si vous êtes auto-entrepreneur à titre principal

C’est-à-dire, que vous êtes devenu auto-entrepreneur après votre rupture de contrat ou quand vous étiez demandeur d’emploi, dans ce cas, vous dépendez :

  •  

    de la SSI si vous avez créé votre auto-entreprise avant le 1er janvier 2019. C’est donc à cet organisme que  vous envoyez vos documents

  •  

    de la CPAM pour une création en 2019

À compter de 2020 l’ensemble des travailleurs (salariés et indépendants) seront gérés par le régime général tout en conservant les couvertures liées à leur statut. Mais attention, excepté des facilités de paiement, les modalités de remboursements de soins et les indemnités journalières des travailleurs indépendants ne seront pour autant pas modifiées.

En tant qu’auto-entrepreneur, vous restez couverts comme avant, c’est-à-dire que votre couverture dépend de vos revenus et il n’y a toujours pas de tolérance sur les délais de paiement.


Bon à savoir

Il existe un droit d’option qui permet à toute personne qui cumule deux activités de choisir son régime de rattachement pour la prise en charge de ses frais de santé. Vous pouvez exercer ce droit en faisant une demande écrite auprès de la caisse d’assurance maladie de votre résidence si vous souhaitez être rattaché au régime général. Dans le cas où vous êtes déjà au régime général et que vous préférez opter pour un régime spécial, écrivez directement à la caisse choisie. 

La retraite     

Si au cours de votre carrière vous avez été polyactif (salarié et auto-entrepreneur), votre régime de retraite sera traité en régime spécial.

Le cumul d’activités ne vous permet pas de partir plus tôt à la retraite (on ne peut pas cotiser plus de 4 trimestres annuel) ni de cumuler plus de points.

Mais votre retraite sera calculée en fonction de cette double activité. Elle vous sera versée par les deux caisses, sous les deux régimes. Notez que la retraite des indépendants se calcule en fonction du chiffre d’affaires généré.

Pour la retraite de base et complémentaire, en tant que salarié et auto-entrepreneur, vous validez des droits à la Sécurité sociale pour les indépendants (SSI) et/ou à la CIPAV.

À noter que depuis le 1er janvier 2018, une distinction est faite entre les activités libérales réglementés et non réglementées :

  •  

    Les activités libérales non réglementées créées à partir de  2018 ne dépendent plus de la CIPAV pour leur assurance vieillesse, mais de la SSI

  •  

    Ceux qui étaient auto-entrepreneurs avant 2018 peuvent également faire une demande pour relever de la SSI

  •  

    Les activités réglementées, restent quant à elles, affiliées à la CIPAV

Comment remplir ma déclaration de revenus ?

Vous cumulez deux types de revenus et devez logiquement les déclarer dans leur totalité. Toutefois, ils n’apparaissent pas au même endroit dans votre déclaration d’impôts sur le revenu.

Les revenus générés par votre auto-entreprise

Ce sont des revenus non-salariés, vous devez les inscrire dans la déclaration complémentaire des revenus des professions non salariées (formulaire n°2042 C PRO).

Selon la nature de votre activité, vous remplirez la ligne « Revenus industriels et commerciaux » ou la ligne « Revenus non commerciaux ».

De la même façon, la manière dont vous remplirez votre déclaration sera différente selon que vous ayez opté ou pas pour le versement libératoire de l’impôt sur le revenu. Le mode de calcul et de paiement de vos charges fiscales seront en effet bien différents.

Les revenus salariés

Ils ont été déclarés par votre employeur et apparaissent dans la catégorie « Traitements et salaires » de votre feuille d’impôt. Attention : bien que les déclarations soient pré-remplies, il est toujours important de vérifier les sommes et les totaux.


Bon à savoir

Si vous avez opté pour le versement forfaitaire libératoire, vos revenus auto-entrepreneur ne seront pas imposés une seconde fois mais ils seront pris en compte dans le calcul de votre revenu fiscal de référence ainsi que du calcul de votre taux d’imposition moyen appliqué aux autres ressources de votre foyer.

Salarié et auto-entrepreneur : les questions les plus fréquentes

1 - Puis-je travailler pour mon employeur sous le statut d’auto-entrepreneur ?

Non. Le code du travail précise très clairement qu’il n’est pas possible d’être salarié et prestataire de la même entreprise. En effet, en tant que salarié, il existe entre votre employeur et vous un lien de subordination clair, qu’il est complexe de dénouer si vous officiez aussi en indépendant dans l’entreprise.

Attention également à ne pas être considéré comme salarié déguisé par l’URSSAF en cas de contrôle, ceci y compris dans le cas où vous auriez été licencié préalablement avant de travailler comme auto-entrepreneur pour la même entreprise…

2 - Je suis salarié et auto-entrepreneur. Si je démissionne, pourrai-je cumuler chômage et auto-entreprise ?

Non. Les départs volontaires, comme la démission, d’un poste salarié n’entrent pas dans l’ouverture des droits à l’ARE, sauf dans certains cas précis où votre démission peut être considérée comme légitime par Pôle Emploi.

3 - Je veux démissionner pour créer mon auto-entreprise. Ai-je droit à des aides spécifiques ?

Oui sous certaines conditions. Jusqu’à présent démissionner ne donnait droit à aucune aide. Depuis septembre 2018, la loi « pour la liberté de choisir son avenir professionnel » offre aux démissionnaires qui souhaitent se reconvertir, la possibilité de percevoir une allocation d’aide au retour à l’emploi projet (AREP). Cette aide spécifique est octroyée sous conditions précises. Attention à ne pas la confondre avec celles ouvertes aux demandeurs d’emploi, comme mentionnées au-dessus.

Mais attention, bien que cette « Loi Avenir professionnel » ait été votée et que le dispositif soit prévu par le Code du travail à compter du 1er janvier 2019, les décrets de mise en application n’existent pas encore à ce jour...

4 - Puis-je demander un congé ou un temps partiel pour la création de mon auto-entreprise ?

La réponse est oui. Il existe trois types de congés possibles :

  •  

    Le congé pour création / reprise d’une entreprise ou demande de temps partiel: a durée maximale (congé ou réduction) est d’une année, renouvelable 1 fois. Votre employeur n’a aucune obligation d’accepter, aussi préparez bien ce projet en amont.

  •  

    Le congé sabbatique : sa durée se situe entre 6 et 11 mois maximum, sans possibilité de prolongation.

  •  

    Le congé sans solde : vous convenez donc par écrit avec votre employeur de sa durée et des modalités (dates de départ et de retour et conditions de retour dans l’entreprise). Vérifiez la clause de non concurrence de votre contrat de travail si vous souhaitez créer votre auto-entreprise pendant votre congé sans solde.

Attention, chacun de ces congés répond à des modalités différentes (démarche, durée, renouvelable ou pas, etc.). À vous de choisir celui qui correspond le mieux à votre projet.

5 – Est-ce que je vais toucher mon salaire pendant mon congé pour création ?

Non. Les congés qu’ils soient sabbatique ou pour création ou reprise d’une entreprise sont sans solde, c’est-à-dire que vous ne toucherez pas votre salaire pendant cette période.

Toutefois, en tant que salarié, vous pouvez envisager d’ouvrir un compte épargne-temps pour développer votre projet personnel. Le CET permet d’accumuler une somme (sur congés non pris) que vous débloquez en différé.

Les conditions d’ouverture et d’utilisation d’un CET sont régies par la convention collective et l’accord de branche dont dépend votre emploi. Renseignez-vous auprès de votre DRH !

6 – Ai-je une couverture maladie pendant mon congé sabbatique, sans solde ou pour création d’entreprise ?

Oui. Si votre demande de congé a été acceptée, vous restez couvert par la sécurité sociale pendant 12 mois. Cela concerne les prestations en nature (remboursements des soins) et les prestations en espèces (indemnités journalières) des assurances maladie et maternité.

Attention toutefois car cela ne concerne pas l’assurance vieillesse. Vous retrouvez vos droits une fois que vous réintégrez votre emploi salarié.


Vous l’avez compris, au-delà d’une envie de liberté et de nouveauté, cumuler salariat et auto-entreprise nécessite une bonne organisation et une parfaite connaissance de ses droits et devoirs. Cela peut être une opportunité pour une motivante reprise en main de votre vie professionnelle !


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