Fonctionnaire et auto-entrepreneur en 2026 : cumul, conditions et démarches
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Mis à jour le 07/09/2026
Le statut de fonctionnaire impose des obligations particulières, tout spécialement en matière de cumul d'activités. Peut-on malgré tout créer une micro-entreprise tout en conservant son emploi dans la fonction publique ? Oui, sous certaines conditions strictes qui varient selon votre temps de travail et la nature du projet exercé, à condition qu'il reste compatible avec l’absence de conflit d’intérêts, vos obligations déontologiques et le bon fonctionnement du service. Cet article fait le point sur les règles applicables, les démarches à effectuer et les précautions à prendre pour rester en règle.
L'essentiel à connaître
Le cumul entre fonctionnaire et auto-entrepreneur est autorisé dans plusieurs situations prévues par la loi.
Les règles varient selon votre temps de travail (temps complet, temps partiel ou temps incomplet).
Certaines activités sont autorisées uniquement après autorisation préalable de votre administration.
Avant de créer votre micro-entreprise, vérifiez le régime de cumul correspondant à votre situation.
Dérogations les plus courantes qui permettent d'exercer une activité sous le régime de la micro-entreprise
Possible ?
Formalité
Durée
Activité accessoire
Oui
Autorisation écrite
Sans limite (tant que les conditions sont remplies)
Temps partiel pour créer/reprendre une entreprise
Oui
Autorisation (mi-temps minimum)
3 ans, renouvelable 1 an
Œuvres de l'esprit
Oui
Aucune (libre)
Sans limite
Temps incomplet ou non complet (≤ 70 %)
Oui
Déclaration écrite
Sans limite
Le statut de fonctionnaire : rappels
Un fonctionnaire est un agent public nommé dans un emploi permanent, le plus souvent après un recrutement par concours, et titularisé dans un grade de la hiérarchie de son administration. Il relève d'un statut, contrairement à l'agent contractuel, qui est recruté par contrat, généralement pour une durée limitée.
Fonctionnaires et agents contractuels exercent leurs missions au sein des trois versants de la fonction publique : la fonction publique d'État, la fonction publique territoriale et la fonction publique hospitalière.
Certaines règles de cumul d'activités, en particulier la mise en disponibilité, s'appliquent principalement, voire exclusivement, aux fonctionnaires titulaires. Lorsqu'une différence existe avec les agents contractuels, elle est précisée à chaque étape de cet article.
Le cumul d'activités des fonctionnaires : une interdiction de principe assortie de dérogations
En droit français, les fonctionnaires sont soumis à un principe d'exclusivité qui leur interdit, en principe, d'exercer une activité privée lucrative en parallèle de leurs fonctions. Toutefois, la loi prévoit plusieurs dérogations, notamment pour l'exercice d'une activité accessoire, la création ou la reprise d'une entreprise sous certaines conditions, ainsi que pour la production d'œuvres de l'esprit.
L'article L. 121-3 du Code général de la fonction publique formule cette obligation d'exclusivité : l'agent public doit consacrer l'intégralité de son activité professionnelle aux tâches qui lui sont confiées. L'article L. 123-1 du même code en tire la conséquence directe : sauf exceptions, l'agent public ne peut exercer, à titre professionnel, une activité privée lucrative.
Ce principe a toutefois été progressivement assoupli. La loi du 2 février 2007 a ouvert de nouvelles possibilités de cumul, complétées par la loi du 20 avril 2016 et son décret d'application du 27 janvier 2017, qui ont précisé les conditions dans lesquelles un cumul est autorisé.
En pratique, le cumul d'activités reste strictement encadré, notamment selon le temps de travail de l'agent et la nature de l'activité exercée. Cette évolution a permis à de nombreux agents publics de créer une micro-entreprise et d'exercer une activité indépendante sous le régime de l'auto-entrepreneur.
Certaines activités restent interdites quelle que soit votre situation
Quelle que soit votre situation, certaines activités demeurent interdites aux agents publics (article L. 123-1 du Code général de la fonction publique). Il s'agit notamment de la direction d'une société ou d'une association à but lucratif, de la réalisation d'expertises ou de plaidoiries dans des litiges impliquant une personne publique, ainsi que de toute participation à des intérêts susceptibles de compromettre votre indépendance.
Pour cumuler les activités, les règles changent selon votre temps de travail
Le temps de travail du fonctionnaire peut varier : temps complet (100 % de la durée légale), temps partiel (obtenu sur demande, exprimé en pourcentage du temps complet), et temps incomplet ou non complet (emploi créé pour une durée inférieure à 35 h par semaine, non choisi par l'agent : on parle de temps incomplet dans la fonction publique d'État, non complet dans la territoriale et l'hospitalière).
Cette distinction n'est pas qu'administrative : c'est elle qui détermine les règles de cumul applicables. Un agent à temps complet reste par principe soumis à l'interdiction de cumuler une activité privée, sauf à mobiliser l'une des dérogations prévues par les textes. Le temps partiel et le temps incomplet, à l'inverse, ouvrent des possibilités de cumul plus larges, comme on le verra dans les sections suivantes.
Quelles dérogations permettent à un fonctionnaire de créer une micro-entreprise ?
Auto-entrepreneur fonctionnaire à titre accessoire
Exercer une activité accessoire est l'option la plus stable pour une activité d'appoint durable : vous restez fonctionnaire, à temps complet ou partiel, tout en développant votre micro-entreprise en dehors de vos heures de service, sur autorisation accordée en application de l'article L. 123-7 du Code général de la fonction publique.
Cette possibilité n'est toutefois pas ouverte à n'importe quelle activité. L'article R. 123-8 du même code en fixe la liste limitative dont font partie les activités suivantes : expertise et consultation, conjoint collaborateur, aide à domicile à un proche, travaux de faible importance chez des particuliers (l'homme toutes mains en fait partie), garde d'enfants (baby-sitting), services à la personne, vente de biens fabriqués personnellement.
La démarche est simple : une demande écrite suffit, et l'administration vous notifie sa décision dans un délai réglementaire généralement compris entre un et deux mois. Une fois l'autorisation obtenue, vous pouvez exercer votre activité sans limitation de durée, tant que les conditions du cumul restent remplies.
L'autorisation de temps partiel pour créer ou reprendre une entreprise
Si vous avez le projet de créer ou reprendre une entreprise, il vous faudra demander à exercer votre activité de fonctionnaire à temps partiel, dans une quotité comprise entre 50 % et 90 % d'un temps complet. Adressée par écrit avant le début de l'activité, votre demande est examinée par votre autorité hiérarchique. En cas de doute sur la compatibilité du projet avec vos fonctions, elle peut consulter le référent déontologue puis, lorsque les textes le prévoient, saisir la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) dans certaines situations précises (notamment certains emplois exposés).
Cette autorisation est accordée pour 3 ans, renouvelable une fois pour un an. Au terme de cette période, il faut mettre fin au cumul sous cette forme - mais ce n'est pas un choix définitif entre les deux régimes : une nouvelle autorisation pourra être sollicitée après un délai de carence de 3 ans.
La production d'œuvres de l'esprit
Les agents publics peuvent exercer librement une activité de création d'œuvres de l'esprit dans les conditions prévues par le Code général de la fonction publique. Cette production doit néanmoins rester autonome (cette activité ne doit pas s'exercer dans le cadre d'un véritable contrat de travail) et manifester la personnalité de son auteur.
Exemple
Je suis enseignant, puis-je exercer une activité libérale ? Oui, si elle découle de la nature de vos fonctions. La jurisprudence a interprété d'une manière plutôt restrictive cette notion. Elle ne peut s'appliquer que dans un nombre très restreint de cas où l'exercice d'une profession libérale privée constitue un complément normal de la fonction publique. Ainsi, la profession d'avocat ne peut être exercée que par les professeurs de droit de l'enseignement supérieur, non par des professeurs du second degré. Même si la législation ne le prévoit pas explicitement, le fonctionnaire concerné doit informer au préalable son administration de son intention d'exercer une telle activité. En effet, celle-ci doit être à même de juger si la profession libérale découle bien de la nature des fonctions.
Cas du fonctionnaire à temps incomplet ou non complet qui est en même temps auto-entrepreneur
Si votre temps de travail est inférieur ou égal à 70 % de la durée légale ou réglementaire (soit 24 h 30 par semaine sur une base de 35 heures), vous pouvez exercer une activité sous le régime de la micro-entreprise, quelle qu'en soit la nature. Ce cumul est autorisé sans limitation de durée, tant que les conditions prévues par les textes sont remplies et qu'il ne porte pas atteinte au bon fonctionnement du service. Une simple déclaration écrite à votre hiérarchie, précisant le secteur et la nature de l'activité, suffit.
Quitter temporairement ou définitivement la fonction publique pour exercer son activité indépendante à temps plein
Option 1 : la mise en disponibilité pour créer ou reprendre une entreprise
Réservée aux titulaires (un congé non rémunéré équivalent existe pour les contractuels), la mise en disponibilité pour créer ou reprendre une entreprise permet de quitter temporairement la fonction publique sans démissionner. Après examen de la compatibilité de votre activité avec vos fonctions précédentes, la disponibilité pour créer ou reprendre une entreprise est accordée pour 2 ans maximum, non renouvelable. Vous n'êtes alors plus rémunéré ni affilié au régime de retraite de la fonction publique et relevez du régime de protection sociale applicable à votre activité indépendante. À l'issue de la disponibilité, la réintégration est en principe de droit, dans les conditions prévues par les textes.
Option 2 : La démission pour exercer une activité indépendante
La démission constitue un départ définitif de la fonction publique : contrairement à la disponibilité, elle ne permet pas de retrouver automatiquement son emploi. Le fonctionnaire doit adresser une demande écrite exprimant clairement sa volonté de quitter ses fonctions, qui doit être acceptée par l'administration employeur. Pour un fonctionnaire titulaire, celle-ci dispose d'un délai maximal de 4 mois pour répondre.
Une fois acceptée, la démission devient irrévocable et entraîne la radiation des cadres. En cas de création d'une micro-entreprise après le départ, l'administration peut vérifier la compatibilité de cette activité avec les fonctions précédemment exercées.
Une indemnité de départ volontaire peut être accordée sous conditions, avec des règles propres à chaque fonction publique et sous des conditions strictes à vérifier au cas par cas :
Fonction publique d'État : 1/12e de la rémunération brute annuelle par année de service, dans la limite de 24 années. Pour un agent ayant 15 ans d'ancienneté et une rémunération brute annuelle de 30 000 €, l'indemnité de départ volontaire est de 37 500 € (30 000 / 12 x 15). Vérifiez les conditions auprès de votre gestionnaire.
Fonction publique territoriale : plafonnée à 2 fois la rémunération brute annuelle, sous réserve de remplir les conditions requises (valable si votre poste fait l'objet d'une restructuration lors d'une réorganisation du service et sous condition qu'il y ait eu délibération de la collectivité ; vérifiez les conditions auprès de votre gestionnaire).
Fonction publique hospitalière : de 12 à 26 mois de traitement brut selon l'ancienneté, plafonnée réglementairement, versée en une fois et exonérée d'impôt sur le revenu mais soumise à la CSG/CRDS (valable si votre poste fait l'objet d'une restructuration ou d'une suppression ; vérifiez les conditions auprès de votre gestionnaire).
Fonctionnaire auto-entrepreneur sans autorisation : quels risques ?
Exercer une activité privée sans avoir obtenu l'autorisation requise ou effectué la déclaration préalable peut entraîner plusieurs conséquences :
des sanctions disciplinaires, pouvant aller de l'avertissement au blâme, voire à la révocation dans les situations les plus graves ;
le reversement des sommes perçues au titre de l'activité privée exercée irrégulièrement ;
un risque de poursuites pénales en cas de conflit d'intérêts, notamment pour prise illégale d'intérêts (article 432-12 du Code pénal) ;
l'impossibilité de régulariser la situation a posteriori dans certains cas.
La démarche de déclaration reste simple et rapide : mieux vaut effectuer les formalités avant de commencer votre activité plutôt que de devoir justifier une situation irrégulière après coup.
FAQ
Un fonctionnaire peut-il travailler pour une mairie en auto-entreprise ?
Oui, dans certains cas, mais les règles dépendent de votre situation. Si vous êtes déjà agent de cette mairie, vous devez respecter les règles de cumul d'activités applicables aux agents publics (activité accessoire autorisée, création ou reprise d'entreprise dans certains cas, règles particulières selon votre temps de travail). Si vous êtes agent d'une autre administration, une prestation réalisée pour une mairie peut également être possible, mais elle doit rester compatible avec vos obligations d'agent public et ne pas constituer en réalité l'exercice d'un emploi public sous une forme indépendante.
Combien de temps peut-on cumuler fonction publique et auto-entrepreneur ?
La durée dépend du dispositif utilisé. Une activité accessoire autorisée peut être poursuivie tant que les conditions du cumul restent remplies (elle n'est pas limitée par une durée maximale fixe). Les agents exerçant à temps non complet ou incomplet peuvent également bénéficier de règles particulières selon leur situation. En cas de création ou reprise d'une entreprise, le cumul avec un temps partiel est possible pendant une durée maximale de 3 ans, renouvelable pour 1 an. La disponibilité pour créer ou reprendre une entreprise est, quant à elle, limitée à 2 ans maximum non renouvelables.
Faut-il déclarer sa micro-entreprise à son administration ?
Vous devez respecter les obligations de déclaration ou de demande d'autorisation prévues par le dispositif de cumul applicable. L'administration peut demander des informations sur l'activité exercée.
Que se passe-t-il en cas de refus ?
L'administration doit motiver sa décision de refus. Vous pouvez modifier votre projet afin de tenir compte des réserves formulées ou présenter une nouvelle demande. Attention : en matière de cumul d'activités, l'absence de réponse de l'administration dans le délai prévu ne vaut pas nécessairement refus. Selon la procédure concernée, le silence peut valoir acceptation ou suivre un régime particulier. Il est donc préférable de suivre l'avancement de votre demande auprès de votre administration.
Vous avez des questions sur la création de votre activité indépendante ? Les conseillers du Portail Auto-Entrepreneur vous accompagnent dans toutes vos démarches.
Sénat, question écrite n° 13379 — Réponse ministérielle — publiée en 2019 (durée de l'autorisation de temps partiel pour créer ou reprendre une entreprise)
Juriste spécialisé en droit des affaires et en propriété intellectuelle, Tom cumule six années d’expérience en cabinet et en entreprise. Diplômé d’un Master en Droit des affaires à la Sorbonne et d’un Master en Droit de la PI au CEIPI, il a participé à la création de nombreuses entreprises sous différentes formes juridiques (SAS, SARL, SCI, holdings, etc..). Passionné par les enjeux liés à la création d’entreprise, et notamment au statut de micro-entrepreneur, il accompagne les porteurs de projets avec précision et pédagogie afin de leur offrir un cadre juridique fiable et propice au développement de leurs activités.
Varène est directrice juridique du Portail Auto-Entrepreneur depuis 7 ans. Titulaire d'un master en droit privé de l'Université Paris-Sorbonne et forte de 14 ans d'expérience, elle accompagne les auto-entrepreneurs sur l'ensemble de leurs problématiques juridiques : statut, obligations légales, contrats et litiges.
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